Le voyage rend-il heureux?

Voilà deux mois précisément que je suis partie et je repense souvent à cette phrase de Marcel Proust qui dit « le voyage de découverte ne consiste pas à voir de nouveaux paysages mais à avoir de nouveaux yeux. »

Vrai. Si on change de décor sans changer sa perception des choses voit-on réellement le monde tel qu’il est ou persiste t-on à le voir tel qu’on le veut? Je pense qu’il en est de même pour soi.
Est-ce que le voyage (celui de la vie) consiste à juste changer de décor et de temps, sans ouvrir les yeux sur soi-même ou sur l’autre ?

Et le voyage a cela de positif comme de difficile, c’est qu’il nous prive de tous cadres auxquels se rattacher, nous coupe de tous repères et nous force à nous ouvrir. Il bouscule notre « Livre de Loi »*.

« tout ce qui va à l’encontre du livre de la loi vous fait ressentir une drôle de sensation dans le plexus solaire, que l’on appelle la peur. Contrevenir aux règles de ce livre rouvre vos plaies et votre réaction est de produire du poison émotionnel. Puisse que tout ce qu’il y a dedans doit être vrai, tout ce qui remet en question vos croyances provoque un sentiment d’insécurité. »

Il nous aide dans cette démarche de bouleversement des croyances, d’introspection et de réflexion.

Le voyage, c’est comme l’amour, ça ne nous permet pas de nous oublier mais plutôt de nous découvrir autrement.
D’aller plus loin, plus haut pour mieux s’ouvrir à l’autre, de découvrir avec de nouveaux yeux qui on est vraiment, Ce que l’on reflète, les bagages que l’on trimbale même dans un décor idyllique.
Ce n’est donc pas tant une fuite qu’un affrontement. Chercher à comprendre son vide, approfondie par le manque de repères, de nos proches, de nos habitudes, et descendre en soi plutôt que se combler de projections superficielles.

C’est sûrement cela qui rend heureux dans le voyage, ouvrir le regard sur le réel, sur l’instant, sur ce qui rend joyeux ou triste quand tout n’est qu’inconnu. Il rend heureux car il rend plus fort. Il permet de ne pas passer à côté des belles choses comme des souffrances, des questionnements, de la solitude, et évite à l’âme de rester prisonnière de sa colère et de ses doutes.
Dans nos vies quotidiennes on cherche souvent à effacer les temps morts mais en voyage ils donnent vie à tant de choses, tant de rencontres et de réflexions.
Dans les passages à vide, dans les obstacles et les contradictions, ne pas vivre ou affronter ces moments ce n’est pas se laisser la chance de réussir. Car tout cela ne nous aide t-il pas à mesurer la force de nos désirs?

Je termine ces quelques jours seule, à Granada. Une ville que je ne connaissais pas, dans un pays qui ne m’a pas fait de cadeau (dengue, chaleur, travail..)

Mais dans cette ville, chaque maison a une couleur différente, parfois deux, parfois trois. Peut-être que le message de tout cela et que, oui, tout n’est pas noir, tout n’est pas blanc. La vérité n’est peut-être pas grise non plus. Elle est peut-être dans l’acceptation qu’il existe plein de couleurs différentes en chacun de nous, dans chaque endroit du monde, tout le temps, et qu’il suffit parfois de changer de regard pour trouver ça joli plutôt que criard.

* le livre de loi est un terme utilisé par l’auteur Don Miguel Ruiz dans son ouvrage « Les quatre accords toltèques ».
Ce livre est selon lui l’ensemble de notre système de croyances qui dirigent notre esprit, inculquée par notre éducation, nos enseignements, les concepts et les règles apprises tout au long de notre enfance.


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