J-20 et la question du strict minimum

Le moment où il faut penser sérieusement à son sac. Partir plusieurs mois ce n’est pas partir en vacances et penser au short et au maillot de bain. Il faut penser chaud, il faut penser froid, il faut penser poids, bobos, moustiques, il faut penser essentiel et strict minimum.

Et là, c’est la page blanche. Le mot sur lequel je bloque…le strict minimum mais c’est quoi?

Pour nous qui sommes habitué à avoir tout à portée de main, quand on ne veut plus on jette et on rachète, quand on aime plus, on range dans le fond du placard et on le ressort plus tard. On a un t-shirt pour chaque gilet et un gilet pour chaque pantalon et un pantalon pour chaque paire de chaussures, on peut manger chinois, indien, Iranien, végétarien dans la même semaine, quand on a oublié son parapluie on en achète un, quand on sort le soir, on prend ses talons dans le sac, quand on en a marre on se mate un film, quand on lit ELLE on court s’achèter une nouvelle crème … et là, il faut prendre le strict minimum.

C’est à dire, renoncer à l’abondance ? Mais Que faut il privilégier? Le confort ou le vertige d’une vie allégée?

Cela voudrait dire que le confort éteint  le rêve ? Le confort nous permet un repli sur soi, pourquoi aller vers l’autre, vers l’inconnu, pourquoi risquer si on a tout ?

Alors bien sûr, vous trouverez toujours de supers sites, avec des listes pour ne rien oublier, pour choisir la meilleur parka et moustiquaire qui vous assurera le minimum de confort en voyage. Mais un article m’a particulièrement interpellé. Pour France Pinson-du-Sel, qui a suivi son compagnon, scientifique, avec leur 2 enfants, sur un voilier pris dans la glace des fjord du nord du canada, le strict minimum nécessaire consiste en sa boîte d’aquarelle et sa machine à coudre. Selon elle, ils l’aident à créer et « à élargir son horizon mental dans ce pays de neige dépouillé de couleurs et d’odeurs ».

Le strict minimum ne consisterait donc pas uniquement à la survie, il n’est pas un minimum universel ? Cela voudrait dire que notre survie se trouve aussi dans les effets personnels car ils nous permettent de nous reconnecter à soi. J’ai alors compris que moins s’encombrer d’objets et de faux besoins allège l’esprit et nous soulage des pensées parasites, laisse le champs libre à la création et prépare à l’ouverture au monde extérieur.

Car il faut être honnête, partir, contrairement à ce que l’on pense, ce n’est pas forcément fuir. Partir signifie se détacher des contraintes quotidiennes d’une vie qui nous encombre, partir c’est écouter ses désirs de voyage. Mais on part avec soi, loin de tout. En s’ouvrant à ses désirs, on ouvre la porte aux claques, aux remises en cause, à la solitude vécu deux fois plus fort car sans notre confort habituel. Mais il y a toujours un risque à aller plus loin et il en vaut la peine.

Même loin, on retrouve tous les problèmes intérieurs qui ne sont pas rester au boulot, ni à la maison. L’intériorité se vit aussi en voyage et se confronte surtout à elle-même. Il est important de savoir ce que l’on va chercher ailleurs, car les problèmes personnels nous suivront où que l’on aille. Dans la retraite, apparaît le doute comme la lumière. Le voyage permet un recul, il vous ouvre les yeux sur une autre vie, une autre réalité possible, mais il ne fait pas le travail de nous changer à l’intérieur, c’est à nous même de le faire.

Je n’emmènerai donc pas ma petite robe jaune et mon T-shirt en soie tendance, mais mon cahier de recettes et mon journal de voyage, de simple T-shirts et mon appareil photo.

Car mon strict minimum à moi me permettra de me recentrer sur ce qui est important pour moi, découvrir, partager, cuisiner et écrire.